De retour sur les courts après une longue période d’absence, Kei Nishikori refait parler de lui. Mais cette fois, ce n’est pas uniquement pour ses performances sur le Challenger de Yokohama. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 20 novembre 2025, le vétéran japonais a partagé ses impressions sur les nouvelles têtes d’affiche du tennis mondial : Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Et s’il admire les deux prodiges, c’est clairement l’Italien qui a ses faveurs. Décryptage d’une déclaration loin d’être anodine.
Nishikori de retour : ténacité et lucidité à 35 ans
Victime de blessures à répétition depuis 2021, Kei Nishikori n’a disputé que quelques tournois sporadiques au cours des trois dernières saisons. Pourtant, à 35 ans et désormais 158e au classement ATP, l’ex-finaliste de l’US Open prouve qu’il n’a rien perdu de sa combativité.
Engagé au Challenger de Yokohama, il s’est hissé jusqu’aux quarts de finale dès son retour, une performance loin d’être anodine dans un tableau relevé. Mais c’est surtout son analyse du jeu actuel qui a captivé les médias présents sur place.
Interrogé sur les figures montantes du tennis mondial, le Japonais a salué le talent de Carlos Alcaraz, tout en exprimant une préférence manifeste pour Jannik Sinner. Une prise de position précise, qui en dit long sur la manière dont Nishikori lit le tennis contemporain.
Sinner ou Alcaraz ? Nishikori tranche subtilement
« Je suis pratiquement tous les matchs de Sinner et Alcaraz. Le jeu de Sinner correspond particulièrement à mon style de tennis idéal », a confié Nishikori, dans des propos relayés par l’agence Kyodo News.
Un compliment au goût aigre-doux pour Alcaraz, qui, bien qu’évoqué avec respect, est clairement désavantagé dans cette comparaison. Pour Nishikori, Sinner incarne une forme de tennis plus propre, plus linéaire, proche de celle qu’il a lui-même affectionnée durant sa carrière : jeu de fond de court métronomique, prises de balle précoces, discipline tactique.
À l’inverse, celui d’Alcaraz, explosif et varié, repose sur une créativité parfois imprévisible. Une richesse stylistique qui fascine les fans, mais qui ne correspond pas forcément au modèle que l’ancien n°4 mondial valorise le plus.
Un choix révélateur de l’évolution du jeu
Le soutien de Nishikori à Sinner n’est pas qu’une histoire de goût personnel. Il reflète aussi une tendance croissante dans le tennis élite : le retour à un jeu plus structuré, avec des schémas tactiques solides et une constance impressionnante.
Jannik Sinner, vainqueur de l’Open d’Australie 2025 et dauphin d’Alcaraz au classement ATP, incarne parfaitement cette régularité exemplaire. Sa fin de saison 2024 en boulet de canon – avec entre autres une victoire en Masters 1000 à Shanghai – a montré qu’il pouvait rivaliser sur tous les terrains, sans sacrifier la clarté stratégique.
Carlos Alcaraz, quant à lui, reste un phénomène de puissance et de dynamisme, mais son année 2025 a été marquée par des hauts et des bas, notamment des blessures ponctuelles ayant freiné sa montée en puissance.
La déclaration de Nishikori rejoint donc celle d’autres anciens joueurs reconvertis consultants, tels que Björn Borg ou Wilander, qui saluent la montée d’une génération plus disciplinée, moins spectaculaire mais ô combien efficace.
Impact médiatique : une simple opinion ou un message masqué ?
Au-delà du fond, la forme de la déclaration de Nishikori a aussi fait grincer quelques dents. Certains observateurs ont vu dans cette « préférence stylisée » une critique implicite d’Alcaraz.
Pour autant, Nishikori reste dans une posture respectueuse, reconnaissant le talent de l’Espagnol tout en valorisant une autre approche du jeu. Une nuance importante à souligner, dans un milieu souvent prompt aux polémiques mal interprétées.
Enfin, la sortie de Nishikori témoigne aussi d’un intérêt intact pour le jeu et la compétition. Après trois mois d’absence, il semble réfléchir autant comme joueur que comme analyste averti, un rôle qu’il pourrait bien endosser un jour en dehors des courts.
Cette prise de position, aussi subtile soit-elle, alimente un débat passionnant sur l’évolution du tennis moderne. Entre l’éclat d’un Alcaraz et la rigueur d’un Sinner, le cœur – et la tête – des observateurs penche de plus en plus en faveur de ce dernier. Le Japonais ne fait ici que mettre des mots sur une tendance qui se confirme depuis plusieurs mois.