Roland-Garros 2024 : Sabalenka dénonce le traitement inégal des matchs féminins en soirée

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par Léo Duvot

Alors qu’elle vient de décrocher son billet pour les demi-finales de Roland-Garros, Aryna Sabalenka n’a pas mâché ses mots en conférence de presse. La numéro 1 mondiale, pourtant victorieuse de Zheng Qinwen (7-6, 6-3), a profité de sa tribune pour pointer du doigt une réalité qui pèse depuis des années sur le circuit féminin : l’absence quasi totale de matchs de femmes en night session sur le court Philippe-Chatrier.

Un match gagné, mais une frustration persistante

En dominant la Chinoise Zheng Qinwen sur le Central en tout début de journée, Sabalenka s’est qualifiée pour le dernier carré sans trop de frayeurs. Pourtant, ce qui aurait pu être un moment de célébration s’est transformé en prise de parole engagée. L’atmosphère feutrée de la matinée n’est pas passée inaperçue pour la Biélorusse. En conférence de presse, elle a déploré ce choix stratégique : « Peut-être que cela aurait été plus logique de le programmer plus tard, pour que plus de public puisse y assister » (*source : conférence de presse officielle Roland-Garros*).

Son constat est limpide : le calendrier des night sessions à Roland-Garros favorise presque exclusivement les matchs masculins. En 2024 comme les années précédentes, les affiches féminines sont quasi absentes de la session de 20h30, pourtant considérée comme vitrine du tournoi.

« Nous méritons la lumière du soir » : un appel à l’égalité

Tenace et déterminée, Sabalenka a élargi le débat. Selon elle, cette tendance traduit une iniquité structurelle dans la programmation. « Nous méritons d’être traitées à égalité. Beaucoup de matchs féminins sont de grande qualité et méritent cette exposition », a-t-elle martelé (*source : conférence de presse officielle RG 2024*).

L’ancienne joueuse devenue directrice du tournoi, Amélie Mauresmo, avait justifié ce déséquilibre en début de quinzaine : la majorité des matchs féminins se disputant en deux sets gagnants seraient moins attractifs en durée et en intensité pour le public du soir. Un argument jugé peu recevable par Sabalenka, qui revendique la pleine valeur émotionnelle et spectaculaire des rencontres WTA : « Nos combats valent autant que ceux des hommes. »

Bien que ponctuée d’un trait d’humour — « J’ai fini tôt, je vais pouvoir profiter de Paris » — sa sortie médiatique souligne une frustration partagée par de nombreuses joueuses du circuit. Elles dénoncent une relégation symbolique des matchs féminins sur les horaires creux, malgré leur performance et leur place dans le classement.

Une problématique récurrente dans les tournois du Grand Chelem

Le cas Roland-Garros n’est que la partie émergée de l’iceberg. Depuis plusieurs années, la question de l’exposition médiatique et télévisuelle du tennis féminin revient régulièrement sur le tapis. Si les dotations sont équivalentes en Grand Chelem, la répartition des plages horaires sur les grands courts reste, elle, une pierre d’achoppement. Maîtriser cet équilibre est devenu crucial pour l’avenir de la WTA et la visibilité des athlètes.

Sabalenka n’est pas la première à évoquer cette injustice. Avant elle, d’autres stars du circuit telles qu’Iga Swiatek ou Ons Jabeur avaient déjà signalé ce défaut de représentation en prime time, appelant à une réévaluation des critères de programmation.

Vers une reprogrammation plus équitable ?

Les déclarations de Sabalenka pourraient bien avoir un effet boule de neige. Avec son statut dominant sur le circuit, elle possède une voix puissante, capable de faire bouger les lignes. La pression médiatique et l’attention croissante du public pour ces enjeux d’égalité pourraient forcer Roland-Garros — et au-delà, l’ensemble des tournois majeurs — à repenser leur grille horaire.

Pour un sport qui se veut universel et moderne, aligner la qualité des matchs à leur exposition médiatique devient une nécessité. Et les organisateurs devront tôt ou tard répondre à cet appel : offrir la lumière du soir à toutes les grandes rivalités du tennis, peu importe le genre.

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