Björn Borg, entre gloire et ténèbres : révélations-choc sur son addiction et son combat contre la maladie

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par Léo Duvot

Légende d’un sport qu’il a transcendé dans les années 1970, Björn Borg revient sur le devant de la scène en 2025 avec une autobiographie aussi décapante qu’intime. Dans « Hjärtslag » (« Heartbeats: a memoir »), parue ce jeudi, le Suédois, 11 fois champion en Grand Chelem, se livre sans détour sur sa descente aux enfers liée à la cocaïne, son isolement psychologique, et son combat contre le cancer de la prostate. Une confession rare dans le monde feutré du tennis, qui interroge sur la pression inhérente à la vie de champion. Des sommets à la chute : retour sur les années noires de Björn Borg Icône absolue de son époque, considéré comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire du tennis, Björn Borg était aussi un homme en pleine tourmente après avoir quitté le circuit professionnel à seulement 26 ans, en 1983. C’est justement à ce tournant que tout dérape. Le Suédois confie avoir goûté pour la première fois à la cocaïne dans le mythique Studio 54 à New York, cherchant dans la drogue l’adrénaline autrefois procurée par le tennis : « La première fois que j’ai essayé la cocaïne, j’ai ressenti un coup de fouet aussi fort que ce que le tennis m’avait donné autrefois », partage-t-il dans son ouvrage. Ce besoin de sensation s’est mué, au fil des années, en une véritable spirale destructrice. Installé à Milan et alors marié à la chanteuse italienne Loredana Bertè, Borg décrit un environnement toxique où la cocaïne et les médicaments étaient omniprésents : « Nous avions de mauvaises fréquentations et (…) la drogue et les pilules (étaient) à portée de main, là, j’étais plongé dans les ténèbres les plus profondes », résume-t-il avec lucidité. Un moment charnière : la descente qui a failli lui coûter la vie C’est en 1996, lors d’un tournoi vétéran en Europe, que le point de rupture est atteint. Effondré sur un pont aux Pays-Bas après une lourde consommation de stupéfiants, Borg est retrouvé inanimé, transporté à l’hôpital sous les yeux d’un père impuissant. « Il ne disait rien, c’était tellement embarrassant. J’avais honte comme un chien », avoue Björn Borg dans l’émission « Skavlan » sur la chaîne publique suédoise SVT. Depuis cet incident, Björn Borg semble avoir trouvé la résilience. Aujourd’hui âgé de 69 ans, il mène une vie saine et dit faire du sport chaque jour. Mais un nouveau combat s’est imposé à lui : en 2023, il apprend qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. L’ancien champion ne minimise pas la gravité de l’enjeu : « Le risque de propagation existe, et c’est quelque chose avec lequel je vais devoir vivre pendant un certain temps, dans l’angoisse de savoir, tous les six mois, si le cancer a été détecté à temps », écrit-il, toujours dans cette autobiographie poignante. Björn Borg et le poids du silence dans le tennis Les aveux de Borg résonnent comme un électrochoc dans le monde du tennis professionnel, où les discours sur la santé mentale et les addictions sont encore, trop souvent, tus. Si plusieurs figures contemporaines —comme Naomi Osaka ou Nick Kyrgios— ont ouvert la voie à plus de transparence sur les pressions psychologiques liées à la performance, peu ont abordé frontalement les dérives post-carrière. Borg s’inscrit dans cette dynamique, brisant le tabou d’une façon pour le moins bouleversante. Son témoignage pose aussi une question cruciale : comment accompagner les gloires du tennis après leur retraite? Le vide laissé par la compétition, la célébrité déclinante, et le manque d’un cadre structurant peuvent mener à des situations extrêmes, et Björn Borg en est une illustration marquante. Une autobiographie révélatrice d’une trajectoire hors-norme « Hjärtslag » ne se contente pas d’un récit sensationnaliste. Le livre de Borg est aussi un message d’espoir pour ceux qui luttent dans l’ombre. C’est un rappel puissant que derrière chaque légende se cache une part d’ombre, et que le tennis, aussi noble et esthétique soit-il, n’échappe pas aux fractures humaines. L’impact potentiel de cet ouvrage sur le monde du tennis est significatif : amélioration de la prévention des addictions, soutien post-carrière, et ouverture de la parole sur les souffrances souvent invisibles des champions. Il pourrait bien s’agir d’un tournant dans la manière dont le tennis traite les siens hors-court. Conclusion : Une confession nécessaire pour faire avancer le tennis En révélant ses blessures les plus intimes, Björn Borg offre à la fois un témoignage puissant et un avertissement. Loin de ternir son image, ces aveux rendent l’homme derrière la légende encore plus humain. Et rappellent que, même au sommet, nul n’est à l’abri de la chute. Le tennis, de plus en plus sensible aux thématiques de santé mentale et d’accompagnement post-carrière, gagne à écouter l’une de ses voix les plus emblématiques.

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