Le physique est-il devenu l’arme secrète des champions de tennis ? Selon Marco Panichi, préparateur physique reconnu et ancien coach de Jannik Sinner — désormais aux côtés de Holger Rune — la réponse est un grand oui. Dans une interview accordée à Repubblica en 2025, il lève le voile sur un aspect trop souvent négligé dans la lecture des succès tennistiques : la dimension physique comme fondation de la performance. Voici ce qu’il faut retenir de ses révélations…
Le physique, clé de voûte de la réussite sur le circuit
Pour Marco Panichi, il ne s’agit plus simplement d’être en forme : « Un joueur de tennis doit être comme un bon décathlonien : ni trop résistant, ni trop explosif. Un juste milieu. » (source : Repubblica). Cette affirmation souligne à quel point le tennis moderne exige un équilibre unique entre endurance, explosivité et mobilité. Loin des clichés de joueurs filiformes ou surpuissants, l’idéal serait plutôt un profil hybride, capable d’enchaîner des échanges marathon tout en déclenchant des accélérations foudroyantes.
Panichi cite parmi les meilleurs profils actuels Novak Djokovic, toujours maître incontesté dans l’art du déplacement et de la récupération à près de 38 ans, mais aussi son ancien protégé Jannik Sinner, actuel numéro 2 mondial en 2025, qui a effectué un bond qualitatif notamment grâce au développement de capacités physiques hors norme. Ce travail de fond — amorcé dès 2022 — a permis à l’Italien de franchir un cap, en alliant rigueur musculaire, mobilité et résistance à l’effort prolongé.
Derrière les étoiles : des profils physiques impressionnants
Mais Panichi ne se contente pas d’évoquer les têtes d’affiche. Il met en lumière des joueurs souvent sous-estimés pour leur athlétisme de haut niveau. Holger Rune, qu’il entraîne actuellement, fait partie de ces talents bruts au gabarit exceptionnel : « Impossible de surprendre Rune avec un amorti », glisse-t-il. Le jeune Danois, s’il continue à canaliser son agressivité et à affiner ses choix tactiques, pourrait bien devenir l’un des murs les plus infranchissables du circuit dans les mois à venir.
Du côté féminin, Panichi salue également des athlètes comme Jasmine Paolini, remarquable par sa vivacité et sa puissance malgré sa petite taille. Il évoque aussi Iga Swiatek, la reine actuelle du circuit WTA, dont il juge les jambes comme « les meilleures sur le circuit ». Ces qualités physiques font d’elle une machine défensive et lui permettent d’enchaîner les titres avec une constance impressionnante. Emma Navarro, révélation américaine de la saison 2025, figure également parmi les joueuses au potentiel physique sous-exploité mais prometteur.
Le physique comme arme stratégique et protectrice
Si la dimension physique est si cruciale selon Panichi, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans un plan de développement global. « Le développement physique est aussi stratégique que le tennis technique ou mental », observe-t-il. Pourquoi ce constat est-il important ? Parce qu’il rappelle que la gestion du corps est au cœur de la longévité d’une carrière. Mieux préparés physiquement, les joueurs récupèrent plus vite, préviennent les blessures et peuvent maintenir un niveau d’intensité maximal plus longtemps.
Dans un sport où chaque match peut durer plus de trois heures et où les tournois s’enchaînent sans répit, l’endurance musculaire, la souplesse et la résistance au stress physique deviennent des atouts aussi décisifs qu’un bon service ou un coup droit lifté. D’autant plus sur des surfaces exigeantes comme la terre battue ou le dur, désormais omniprésentes dans le calendrier.
Une évolution durable du tennis professionnel
Ce focus sur le physique n’est pas une tendance passagère. Il s’inscrit dans une transformation de plus en plus marquée du tennis professionnel vers un modèle de performance complète, où le mental, la technique et le physique forment une trinité indissociable. Pour les jeunes en formation comme pour les stars établies, les staffs techniques incluent désormais systématiquement des experts du conditionnement physique, parfois dès les catégories junior.
Marco Panichi en est l’un des pionniers les plus affirmés. Sa vision — appliquée avec succès sur Sinner et à présent sur Rune — montre que la condition physique n’est pas un simple complément, mais une vraie « arme invisible », capable de faire basculer la hiérarchie mondiale.
Le message est clair : derrière chaque victoire éclatante sur le court se cache un travail de l’ombre, structuré et chirurgical, au niveau du corps. Le tennis moderne s’écrit aussi avec les jambes, les poumons, et des muscles calibrés au millimètre.